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La solidarité se crée autour de l`eau brésilienne

Paru le Samedi 16 Février 2002
   ISABELLE STUCKI    

Sélection NEUCHÂTEL Conscient des dangers qui menacent le canton se mobilise pour freiner la privatisation de certaines sources brésiliennes par le géant Nestlé.
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A la suite de l`affaire de «l`or bleu de Bevaix» qui a vu la multinationale Nestlé renoncer à l`exploitation de la source de Treytel (lire notre édition du 26 janvier) la solidarité autour de l`eau brésilienne s`organise en Pays de Neuchâtel. Nébuleuse au premier abord la filiation Bevaix-Brésil est pourtant limpide: «Aujourd`hui les eaux de l`Etat Brésilien du Minas Gerais sont elles aussi convoitées par Nestlé» comme l`a souligné Franklin Frederick invité cette semaine à Neuchâtel par Attac à faire le point sur «Le Brésil son eau et les intérêts d`une multinationale suisse». En tant qu`ambassadeur du Mouvement brésilien de Citoyenneté pour l`eau Franklin Frederick a profité de son intervention pour appeler à la rescousse.
Au Brésil la majorité de la population se concentre autour des montagnes du Minas Gerais qui recèlent l`une des plus fortes concentrations mondiales d`eaux minérales: le «Circuito das Âguas» est une merveille géologique qui a vu dès le XIXe siècle la création de cinq villes et «Parcs des Eaux» réputés pour leurs vertus thérapeutiques. Dans les années 50 soufflée par le lobby pharmaceutique la thérapie par l`eau alors gérée par des médecins spécialisés disparaît. Parallèlement les sources de São Lourenço une propriété privée passent aux mains de Perrier-Vittel. Puis de Nestlé.
«Dès lors le pillage commence» déclare Franklin Frederick. Car Nestlé ne s`intéresse qu`à l`eau de table (embouteillée sous le nom de «Pure Life») et pompe 30 000 litres d`eau par jour qu`elle s`empresse de déminéraliser: une pratique que la loi brésilienne interdit et qui empêche de soigner l`anémie à moindres frais. Cette surexploitation alliée à la perforation d`un puits à 150 mètres de profondeur a gravement endommagé la nappe phréatique dont le niveau est descendu. Les huit autres sources de Sao Lourenço ont changé de goût et l`une d`entre elles s`est tarie. «Nestlé finira par détruire un écosystème que la nature a élaboré durant des milliers d`années».
Dans sa «politique du fait accompli» l`arrogante multinationale n`hésite pas à aller à l`encontre des résultats d`études qu`elle a elle-même financées. Les recherches en matière d`impacts environnementaux à São Lourenço ont démontré que la région est d`une extrême sensibilité. Une énorme usine mécanisée a néanmoins été bâtie. Et agrandie. Alors qu`un mur gigantesque est venu l`enserrer tout en brisant la fragile couche d`argile anti-bactérienne qui protège naturellement les sources avoisinantes: «Nestlé a transporté Berlin au Brésil!» soupire Franklin Frederick.

MENACE DE PRIVATISATION
Même si les quatre autres villes d`eau restent solidaires la menace de privatisation pèse lourdement. Jusqu`à présent des compagnies locales exploitaient ces lieux avec égard. Mais la concession arrivant à son terme un appel d`offres public sera bientôt lancé. Franklin Frederick relève que «toutes les conditions sont réunies en faveur de Nestlé qui exerce par ailleurs de fortes pressions auprès de l`Etat. Avec l`appui de Coca-Cola l`entreprise tente notamment de changer la loi brésilienne qui empêche la déminéralisation de l`eau. Et comme le Brésil est en période d`élections».
Franklin Frederick ne s`arrête pas à ces constats. «Lutter contre Nestlé est une chose impossible pour un citoyen. Ainsi un mouvement de Citoyenneté a été créé en même temps que divers programmes». Un Centre International de l`Eau et une Université Libre de l`Environnement et de l`Eau pourraient s`implanter dans ce «laboratoire vivant». Conjointement à ces projets un jeune médecin tente de ressusciter les anciennes pratiques thérapeutiques qui vont de pair avec les croyances des Indiens et leur respect pour l`eau.
Sollicités les nombreux auditeurs ont émis diverses propositions comme le jumelage international entre villes d`eau la sensibilisation des enfants à la problématique de l`eau (l`une des activités chères à «Troupe-eau» un collectif d`étudiants neuchâtelois issu de diverses Facultés universitaires) l`association avec d`autres mouvements de résistance brésiliens... Ainsi dans le canton de Neuchâtel des groupes de travail devraient bientôt voir le jour pour former un réseau destiné à contrer la logique globale de Nestlé «qui se moque éperdument de l`écologie du respect d`autrui et vampirise les meilleures sources du monde par intérêt géopolitique et financier».

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